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Vers une justice déshumanisée et au rabais

ven. 11 jan. 2019, 10 h 25
Nos droits sont en grand danger du fait du projet de réforme de la justice débattu actuellement. Ce projet a été adopté par l’Assemblée Nationale en première lecture le 12 décembre (par 88 voix contre 83). Néanmoins, député·es et sénateur·rices ayant échoué à valider une version commune, le texte sera examiné en deuxième lecture mi-janvier.

 

En grève depuis plusieurs mois, les avocat·es se battent contre cette réforme qui, sous prétexte d’une soi-disant simplification, n’est guidée que par une logique purement gestionnaire au détriment des droits des justiciables.   

Le texte prévoit que les Tribunaux d’Instance (jugeant des litiges inférieurs à 10 000 €) fusionnent avec les Tribunaux de Grande Instance. Cette mesure aboutira à la suppression de plus de 300 tribunaux, signant l’arrêt de mort de la justice de proximité. 

Pour pallier la disparition de ces juridictions, les saisines et démarches en ligne seront généralisées. Notamment, tous les litiges ne dépassant pas 4.000 € seront traités de façon dématérialisée, excluant les personnes n’ayant pas d’accès à Internet. La fracture numérique est une réalité en France où plus de 10 millions de personnes ne savent pas ou peu se servir des outils numériques. Seulement 67% des Français·es s’estiment compétent·es pour utiliser un ordinateur, les 33% restants seront donc dorénavant privés d’accès au juge pour leurs petits contentieux. 

En outre, certaines affaires ne relèveront plus de la compétence du juge. Les demandes de révision des pensions alimentaires ne seront plus débattues devant un·e Juge aux Affaires Familiales mais décidées par le Directeur de la CAF, sans contact humain afin d’évaluer la situation des personnes. Et ce alors même que cet organisme sera juge et partie puisqu’il verse des prestations sociales : plus il fixera des pensions alimentaires élevées, moins il aura à payer lui-même. 

Cette réforme instaure une justice déshumanisée et au rabais, ce que nous ne pouvons pas accepter. La France fait déjà figure de mauvais élève, étant un des pays d’Europe qui a le budget justice le plus faible : 65,90 € par an et par habitant, contre 122 € en Allemagne par exemple. Ainsi, pour ne pas achever notre justice déjà grandement malade, il est aujourd’hui impératif et urgent de renforcer ses moyens matériels et humains ! 

 

 © Philippe Salvador – NC

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La playlist… anti-déprime

jeu. 10 jan. 2019, 16 h 58
Pour contrer les méfaits du Blue Monday, le troisième lundi de janvier considéré comme la journée la plus déprimante de l’année, la rédaction vous propose une playlist aux accents italiens. 

 

Tanti auguri  de Raffaella Carrà 

Non seulement le titre est de circonstance en ce mois de janvier mais Raffaella Carrà pourrait de toute façon remplir cette playlist toute seule. 


Amore
 disperato de Nada

Parce qu’on a toutes et tous désespérément attendu l’amour dans un rade qui ressemble au « Saxophone Bleu ». 

 

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Splendido splendente de Donatella Rettore 

La pochette de l’album suffit à elle seule à justifier le choix de ce morceau qui défend le droit à se réinventer à coups de bistouri.  

 

 

Dolce Vita de Ryan Paris 

Pour l’hommage à Fellini, on repassera mais comment résister à la fin annoncée d’une idylle sur un air d’italo-disco ?  

 

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In alto mare
 de Loredana Bertè 

Une invitation à brûler la vie par les deux bouts, quelles qu’en soient les conséquences,  plutôt que de se contenter d’une existence étriquée : bienvenue à bord ! 

 

 

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Le détail qui tue : la frangipane

jeu. 10 jan. 2019, 14 h 41
On ne cachera pas notre fascination à voir des personnes qui viennent d’ingurgiter une quantité astronomique de nourriture durant une semaine attendre avec impatience l’Épiphanie et sa fameuse galette. 

 

Pour notre part, la seule révélation que suscite la célébration de l’arrivée des rois mages à Bethléem est une irrépressible envie d’écouter Sheila. Ou Enur featuring Nicki Minaj pour oublier cette crème aux amandes écœurante et ne garder que le meilleur de nos voisin·es transalpin·es. Gucci Gucci Prada Prada. Et Pietro Boselli.  

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Édito #140 : sortir du tonneau des Danaïdes

jeu. 10 jan. 2019, 14 h 18
Il est peu de dire que l’année 2018 a été phagocytée par les attaques et agressions LGBTphobes en tout genre et que notre temps a été consacré à la réponse – nécessaire – à y apporter. Cette colonne même n’a pas été exempte de ce devoir de dénonciation et de pédagogie. 

 

Ces derniers jours encore, la consultation en ligne lancée par le Conseil économique, social et environnemental en réponse au mouvement des Gilets Jaunes, mettant en exergue l’abrogation de la loi Taubira comme un sujet de société à débattre urgemment, semble nous condamner à remettre inlassablement l’ouvrage sur le métier. On aimerait pourtant, en cette année naissante traditionnellement dévouée aux nouvelles résolutions – tenues avec plus ou moins de succès – avoir l’esprit libre pour imaginer de nouveaux combats et réinventer nos luttes afin d’élargir l’horizon de nos attentes et de nos désirs.

Sortir enfin de ce tonneau des Danaïdes qui sclérose nos ambitions et amenuise nos revendications. Tourner la page de la bataille épuisante et insuffisante du mariage pour tous pour remettre en route le moteur du militantisme. Mettre à bas ce système patriarcal et hétéronormé inique plutôt que de se contenter des miettes et ersatz qu’il consent à nous céder.  Prendre conscience des jeux de privilèges et de domination qui nous divisent au sein même de la communauté LGBT et les dépasser. Offrir une véritable alternative au modèle de société qu’on nous présente comme souhaitable et immuable. De notre histoire passée – souvent méconnue et tue, mais ce numéro a à cœur d’en raviver les traces – nous savons que nous avons les ressources nécessaires. Seuls l’imagination et le temps de la réflexion semblent nous manquer. À chacun·e individuellement, puis collectivement, d’endosser la charge de ne pas se contenter de ce qu’on nous donne. C’est le vœu le plus sincère qu’il nous est possible de formuler pour 2019. Nos désirs. Nos lois. Our turn.

 

Retrouvez également  Hétéroclite tous les mercredis dans « Colère Saine » à 19h10 sur Nova Lyon (89.8 FM) et en ligne sur SoundCloud

 

© Sarah Fouassier

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Mathias Quéré étudie les Groupes de libération homosexuels

jeu. 10 jan. 2019, 13 h 46
Étudiant à l’Université Toulouse Jean Jaurès, Mathias Quéré a soutenu en 2016 un mémoire sur “les Groupes de libération homosexuels en France de 1974 à 1979”, ces mouvements apparus à travers tout le pays au mitan des années 70 dans le sillage du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR). Une version abrégée de ses travaux vient de paraître aux éditions lyonnaises Tahin Party sous le titre Qui sème le vent récolte la tapette. Il prépare actuellement une thèse sur l’histoire du mouvement homosexuel en France de 1974 à 1986.

 

Comment vous êtes-vous intéressé aux Groupes de libération homosexuels (GLH) ?
Il y a quelques années, je suis tombé sur le Rapport contre la normalité, un texte publié en 1971 par le FHAR, et j’ai ainsi découvert l’existence d’un groupe homosexuel militant capable de porter une parole révolutionnaire très forte. Cela m’a immédiatement enthousiasmé et passionné. J’ai donc décidé de creuser la question et, de fil en aiguille, cela m’a conduit à m’intéresser aux GLH. En cherchant des livres sur leur histoire, je me suis rendu compte qu’il n’en existait quasiment pas. Cela m’a semblé très regrettable et c’est pourquoi j’ai choisi d’en faire l’objet de mes travaux.


C’est donc en quelque sorte par le FHAR que vous êtes venu à vous intéresser aux GLH. Comment expliquez-vous que le premier soit plus connu que les seconds ?
C’est sans doute parce que, à l’exception du très éphémère Comité d’action pédérastique révolutionnaire (CAPR), né durant l’occupation de la Sorbonne en mai 68, il s’agit du premier mouvement homosexuel révolutionnaire français. Cette nouveauté, dans l’effervescence du début des années 70, ces centaines de personnes qui se réunissent toutes les semaines aux Beaux-Arts et qui participent aux manifestations de gauche et d’extrême-gauche pour se rendre visibles et y foutre le bordel, ne pouvait pas passer inaperçue. Par ailleurs, le FHAR est composé en partie de grandes figures intellectuelles, comme Guy Hocquenghem, et c’est un mouvement très parisien, alors que les GLH sont disséminés non seulement dans la capitale mais aussi dans ce qu’on appelle encore alors « la province ». C’est peut-être pourquoi leur portée politique est moins grande… Pourtant les GLH ont été très nombreux. Fin 1976, début 1977, il existe ainsi pas moins de 27 groupes dans toute la France, même si certains naissent, meurent et renaissent de leurs cendres en seulement quelques mois.

 

« La plupart de ces militants ont grandi à une époque où l’école était encore non-mixte et, de ce fait, ils ont très peu fréquenté de filles et de femmes, à part leur mère et leurs sœurs. »

 

S’agit-il de mouvements exclusivement gays ou y trouve-t-on également des femmes et des personnes trans ?
Tout d’abord, les militants des GLH ne se définissent pas comme gays : le terme n’est pas encore répandu en France. Il est vrai en revanche que ce sont très majoritairement des hommes. La plupart des groupes affichent des positions favorables à la mixité et insistent sur les parallèles avec les luttes féministes de l’époque, mais, dans les faits, ils sont très peu mixtes. D’autres GLH tiennent même des discours misogynes et antiféministes assez clairs. La plupart de ces militants ont grandi à une époque où l’école était encore non-mixte et, de ce fait, ils ont très peu fréquenté de filles et de femmes, à part leur mère et leurs sœurs.

Quant aux militantes lesbiennes, certaines font le choix de la mixité et s’engagent dans les GLH. Mais, en règle générale, elles font alors également partie d’organisations féministes, dont elles se sentent plus proches par certains aspects. À Lille, à l’inverse, il existe un GLH auquel participent de nombreuses lesbiennes, qui défendent des idées proches de celles de la théoricienne et militante Monique Wittig et qui refusent de s’organiser selon des positions qui sont celles des femmes hétérosexuelles.

Enfin, les personnes qu’on appellerait aujourd’hui trans vont plutôt se retrouver au sein du Centre du Christ Libérateur, une organisation fondée par le pasteur belge Joseph Doucé, qui, selon ses termes, accueille les plus marginaux des marginaux. Il est donc très peu question des thématiques relatives aux personnes trans au sein des GLH, du moins dans les sources que j’ai pu trouver.


Cette faible présence des femmes au sein des GLH s’explique-t-elle par des revendications différentes de celles défendues par les mouvements féministes ?
En réalité, jusqu’en 1978, les GLH portent assez peu de revendications matérielles ; leurs aspirations sont révolutionnaires. Ce n’est qu’à la fin des années 70 qu’ils entrent dans une logique beaucoup plus réformiste parce qu’ils font le constat que leur mouvement reste profondément identitaire et groupusculaire. C’est ainsi que va naître le Comité d’urgence anti-répression homosexuelle (CUARH), qui va servir de socle commun aux différents GLH, une sorte de plateforme revendicative sur laquelle tout le monde pourrait se mettre d’accord.

 

« Peut-on vraiment parler d’un mouvement LGBT en France en 2019 ? Je n’en suis pas certain. »

 

Quel est l’héritage des GLH dans le mouvement LGBT actuel ?
À vrai dire, j’ai du mal à le voir… Est-ce qu’on parle du mouvement LGBT ou du mouvement transpédégouine (TPG) ? Et peut-on vraiment parler d’un mouvement LGBT en France en 2019 ? Je n’en suis pas certain : même s’il peut y avoir des formes de coordinations entre différentes organisations, les enjeux actuels sont différents et les militant·es d’aujourd’hui sont plus tourné·es vers la négociation. À l’inverse, les GLH ont véritablement cherché à faire mouvement et à porter une parole politique forte, révolutionnaire. Pour qu’il y ait un héritage, il consisterait plutôt à faire exister cette histoire, à l’écrire, à aller chercher des références, des idées, des problématiques qui étaient portées par les GLH et qui pourraient encore nous être utiles aujourd’hui.


On parle beaucoup en ce moment des archives des mouvements homosexuels, de leur manque de visibilité et de l’absence de lieux dédiés. Comment avez-vous trouvé vos sources ?
Ça a été une véritable chasse au trésor ! Les archives qui existent aujourd’hui sont essentiellement privées. Je me suis appuyé notamment sur le fonds marseillais « Mémoire des sexualités », géré principalement par Christian de Leusse, qui a référencé beaucoup de documents de cette époque. J’ai commencé par établir un premier contact avec un ancien militant puis, quand la confiance s’est établie, il m’a donné les coordonnées d’un autre, etc. Dans mes recherches, je n’ai pu m’intéresser qu’aux GLH qui ont laissé des traces. Il y a encore sans doute beaucoup de travail à faire sur ce sujet, d’archives à découvrir et à exploiter. Ce n’est que le début de quelque chose. Et puis j’ai retracé cette histoire de mon point de vue situé, celui d’un cis pédé, mais elle peut être prise et racontée par plein d’autres bouts.


Que pensez-vous des initiatives (à Paris, à Marseille, à Lyon…) qui visent à créer des centres d’archives pour pallier ce manque ?
Il me semble important que la perspective communautaire ne soit pas oubliée dans ces projets. Mais les gens sont aujourd’hui tellement dépendants du pouvoir politique et des miettes qu’il veut bien leur accorder… Pourtant, il y a urgence à agir car les militants des années 70 (du moins ceux qui ont survécu au sida) sont âgés. Quand l’un d’entre eux meure, ses archives privées finissent souvent à la poubelle.


On sent ces dernières années un regain d’intérêt pour l’histoire des luttes homosexuelles, notamment de la part de jeunes chercheuses et chercheurs…
Oui, c’est vrai, et cela vient après des décennies de rapports très compliqués avec l’Université pour affirmer la légitimité de ces sujets et faire exister en son sein une forme de savoir situé. On bénéficie de ce point de vue des luttes des chercheuses qui se sont battues pour imposer les savoirs féministes à l’Université. Mais même si c’est dans son cadre que j’ai réalisé mes recherches, à mes yeux, il a toujours été clair que ce mémoire n’était pas une fin en soi : ce qui m’importait, c’était de faire connaître ce travail en-dehors des cercles académiques. D’où la démarche entreprise avec Tahin Party, une maison d’édition militante que je connaissais et appréciais déjà, pour reprendre ensemble tout le texte et le rendre accessible au plus grand nombre.

À lire :

Qui sème le vent récolte la tapette. Une histoire des Groupes de libération homosexuels en France de 1974 à 1979 de Mathias Quéré (Tahin Party). Parution le 11 janvier.

Rencontre avec Mathias Quéré à propos de son livre mercredi 20 février au Centre LGBTI de Lyon, 19 rue des Capucins-Lyon 1

 

© CUARH,

Gai Pied n° 30, septembre 1981

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Dominique Choisy : « Être queer, c’est proposer quelque chose qui n’est pas banalisé »

mer. 09 jan. 2019, 16 h 20
Dominique Choisy signe avec Ma vie avec James Dean, son troisième long-métrage, une fantaisie queer au charme persistant. L’histoire d’un jeune et joli réalisateur qui s’en va présenter son nouveau film au Tréport. Sauf que rien ne va se passer comme prévu : personne n’est là pour l’accueillir, la projection n’est pas annoncée, et l’amour d’un projectionniste va le prendre au dépourvu alors qu’il sort d’une douloureuse histoire… Ce ne sont que quelques-unes des pistes de cette délicieuse comédie douce amère, où tous les désirs se tricotent au fil d’irrésistibles choisés-croisés…

 

Je crois que le point de départ du drôle de titre de votre film, c’est une histoire que vous a racontée Johnny Rasse, l’acteur principal de Ma vie avec James Dean : qu’adolescent, il était surnommé le James Dean du Tréport. Mais vous, quel est votre rapport à James Dean ? Qu’est-ce qu’il vous inspire ? 

Ce n’est pas la façon dont James Dean joue qui m’intéresse, je n’ai pas demandé à Johnny Rasse une transposition de sa façon d’être ou de jouer. J’aime l’ambiguïté de James Dean. Il porte ça dans son corps. Il est toujours en train de vaciller, il ne semble jamais en équilibre, il tombe et ne s’effondre jamais là où on l’attendrait. Ces effondrements, pour moi, n’appartiennent pas au masculin. Comme on disait jadis, James Dean a des vapeurs… J’adore l’utilisation qui est faite de son corps dans les films. C’est rare au cinéma de proposer un corps aussi viril que le sien et d’en faire un corps aussi dévirilisé, aussi fragile. C’est ce qui parle depuis toujours aux midinettes qui ont toutes eu son poster dans leur chambre, et les homos sont les reines des midinettes !  

  

On sait que James Dean avait une sexualité assez fluide, comme on dirait aujourd’hui… Votre film joue aussi beaucoup sur ces désirs de tous ordres (gay, lesbien, hétéro…) qui ne cessent de se croiser… 

J’aime ces circulations improbables du désir, ces circulations hors normes, incongrues, du domaine du sexuel, mais pas forcément sexuées. Tout le monde peut atterrir là-dedans, s’y retrouver. Ce serait quelque chose comme une grande partouze du désir potentiel ! Cela m’ennuie quand on essaie de le typer, ce désir, de le genrer. C’est ce que le film essaie un peu de proposer. 

 

Cela en fait un film assez queer… 

C’est tellement binaire ce qu’on nous raconte en général, alors que tout est complexe. Être queer, c’est proposer quelque chose qui n’est pas banalisé, qui est minoritaire. Le film propose ça gentiment, une marge pas flamboyante, discrète, mais essentielle.  

 

Ma vie avec James Dean, de Dominique Choisy, avec Johnny Rasse, Mickaël Pélissier, Nathalie Richard… En salles le 23 janvier. 

 

© Charles Pietri

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Le Moi de la danse explore les rapports de l’individu au collectif

mer. 09 jan. 2019, 15 h 46
Pour son édition 2019, Le Moi de la Danse, festival organisé par les Subsistances, poursuit son exploration entre l’intime, l’identité et le geste chorégraphique en invitant un jeune collectif régional et trois chorégraphes internationaux à présenter leurs œuvres. 

 

Les locaux de l’étape 

On connaissait le Collectif ÈS pour son Karaodance, présenté lors du Week-end sur Mars proposé par les Subsistances en 2018. Celles et ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de prendre part à ce mix participatif entre karaoké et danse pourront s’y adonner sans retenue lors de cette édition du Moi de la Danse. Mais le public pourra surtout découvrir une création du trio formé au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon, intitulée, non sans humour,  1ère mondiale. Dans cette pièce constituée de trois solos, Sidonie Duret, Jérémy Martinez et Emilie Szikora, les trois membres du collectif, sont parti·es à la recherche des origines de leur désir de danse. Comme on ouvre une vieille malle oubliée au fond d’un grenier, il et elles ont exhumé des souvenirs d’improvisations dans la salle de bain, de pas maladroits dans les bals de village ou de discographie parentale afin de dessiner en creux les contours des artistes qu’il et elles sont devenu·es aujourd’hui.  

1ère mondiale, du 23 au 25 janvier  Karaodance, le 9 février 

 

Ravagé, l’âgé ?  

Le chorégraphe Mark Tompkins présente avec Stayin Alive une réflexion sur le vieillissement et l’effet inexorable du temps sur l’artiste et sa production. Refusant de se laisser cataloguer comme « vieux » chorégraphe, Tompkins entend lutter avec ce solo contre la disparition imposée aux personnes vieillissantes par la société. Au-delà de l’évocation du tube des Bee Gees, il s’agit véritablement pour l’artiste américain installé en France de rester en vie aux yeux du monde. Incarnant sur scène divers personnages, entre fiction et réminiscences du passé, entre Gloria Gaynor et Is That All There Is, Tompkins convoque la jeunesse, l’amour, le sexe, le sida et livre au public les stigmates du temps sur son corps, comme un memento mori de chair et de sang.  

Stayin Alive, du 6 au 8 février 

 

Bal belge 

La puissante et inventive création chorégraphique belge sera également présente lors de cette édition du Moi de la Danse avec How to proceed de la compagnie ZOO, fondée par Thomas Hauert il y a 20 ans à Bruxelles, et la pièce Attends, attends, attends … (pour mon père) de l’artiste protéiforme flamand Jan Fabre. Si How to proceed se voulait tout d’abord comme un hommage à deux décennies de travail collectif, la pièce pour huit interprètes a très vite été submergée par le bouillonnement et le chaos, offrant un aperçu métaphorique du processus créatif. Enfin, dans Attends, attends, attends… (pour mon père), Jan Fabre se nourrit de la vie du danseur Cédric Charron avec qui il collabore depuis 18 ans. Se pose alors la question de l’influence qu’exercent les interprètes sur les chorégraphes et vice versa. Quelles sont les frontières entre individu et collectif  lorsqu’on parle de spectacle vivant ? Autant d’interrogations qui s’inscrivent parfaitement dans un festival tel que le Moi de la Danse. 

How to proceed, du 29 au 31 janvier  Attends, attends, attends… (pour mon père), le 3 février 

 

Aux Subsistances, 8 bis quai Saint-Vincent-Lyon 1 / 04.78.39.10.02 www.les-subs.com 

  

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Le dernier opéra de Janácek : une leçon d’humanisme

mer. 09 jan. 2019, 14 h 56
En ce début d’année, l’opéra de Lyon propose à l’affiche De la maison des morts, le dernier opéra de Leoš Janácek, dans une production mise en scène par l’artiste polonais Krzysztof Warlikowski. Une plongée dans l’univers carcéral d’après le récit autobiographique de Dostoïevski.

 

C’est sur la fin de sa vie que Janácek (1854-1928) pense à mettre en musique le récit de Dostoïevski Souvenir de la maison des morts. Cette maison des morts, c’est un bagne en Sibérie dans lequel l’écrivain russe a été emprisonné durant quatre années de 1850 à 1854, après avoir vu sa peine de condamnation à mort commuée en travaux forcés. De ce roman, témoignage du vécu de Dostoïevski, le compositeur tchèque, qui a écrit le livret lui-même, a retiré toute intrigue dramatique pour se concentrer sur les portraits de ces prisonniers et sur leurs conditions de vie carcérale. De fait, l’opéra de Janácek est une innovation dans l’histoire de l’art lyrique. Peut-on parler d’opéra pictural dans lequel le thème du tableau serait représenté par les portraits successifs de Chapkine, emprisonné pour vol, et de Chichkov qui a assassiné sa femme ? Quant à la musique, elle ne serait plus là pour accompagner l’action mais pour donner de la couleur aux récits de ces prisonniers, aux murs qui les emprisonnent et aux surveillants qui les maltraitent. 

 

Leçon d’humanisme 

Mais la violence n’est pas que du fait des gardiens, elle n’est pas non plus la conséquence d’une quelconque tension dramatique, elle est intrinsèque à l’enfermement. C’est ce qui rend l’opéra de Janácek si troublant. Il délaisse l’action pour ne rendre visible et audible que les concepts bruts. La mise en scène de Warlikoswki, déjà donnée au Royal Opera House de Londres et à la Monnaie de Bruxelles, questionne justement ces concepts. Warlikowski montre le caractère atemporel de la violence physique et psychologique du système carcéral en projetant des témoignages de prisonniers actuels. Il en dénonce l’absurdité en faisant aussi appel à des interventions de Michel Foucault. Le philosophe français, qui a pensé le système carcéral dans Surveiller et punir, n’a en effet eu de cesse de dénoncer l’inanité de l’emprisonnement qui déshumanise bien plus qu’il n’insère. Mais parce que l’homme est ainsi fait, De la maison des morts, tel un clair-obscur montre aussi les aspects lumineux de ces prisonniers : la solidarité, l’altruisme et la tendresse. Comme lorsqu’ils soignent un aigle blessé, symbole de liberté, qui une fois guéri, s’envole dans les airs. Ou bien dans les liens qui se nouent entre Goriantchikov, un noble lettré et le jeune Alieïa : une relation quasi filiale ou homo-sensuelle selon le parti-pris de mise en scène. De la maison des morts, opéra testament de Janácek, n’a pas fini de pousser metteur·ses en scène et public à réfléchir à l’efficience des peines d’emprisonnement. 

 

De la maison des morts, du 21 janvier au 2 février à l’Opéra de Lyon, 1 place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 www.opera-lyon.com 

 

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La pièce « Fracassés » de Kate Tempest jouée à Lyon

jeu. 20 déc. 2018, 16 h 14
Elle rappe, récite, écrit, maîtrise plusieurs genres littéraires. À tout juste 30 ans, la Londonienne Kate Tempest n’en finit pas de nous impressionner. Sa pièce Fracassés, traduite et mise en scène par Gabriel Dufay, sera jouée en janvier aux Célestins hors les murs. Une première à Lyon.

 

Le sujet de la pièce, parue sous le titre original Wasted en 2013, n’est pas joyeux et les personnages sont a priori, plutôt stéréotypés : Ted, fonctionnaire prisonnier de la monotonie du travail, Danny, musicien frustré, et Charlotte, jeune professeure désabusée, font le point dix ans après la mort de leur ami Tony. Confrontés aux fantômes de ce qu’ils auraient pu devenir, ils se mettent à rêver d’une autre existence. Kate Tempest parle d’une génération aux rêves anéantis, esclave de jobs insatisfaisants et de quotidiens mornes. Elle parle du deuil, de la drogue et de l’incertitude de notre époque. Elle est lucide. Mais par les mots, elle nous amène à voir plus loin : sous le fracas, la lumière.

En empathie avec le genre humain

Kate Tempest aime fouiller la divinité cachée au fond de chacun de ses personnages. La dimension mythologique de ses récits est précisément ce qui rend son écriture singulière. Dans son long poème Brand New Ancients paru plus récemment en français, elle écrit : « Au temps anciens les mythes étaient ces histoires qu’on utilisait pour se raconter ». Ainsi, sa langue poétique est vectrice de métamorphoses pour les personnages, mais elle sert également à transcender l’individu pour aller vers le collectif. Paradoxalement, le constat est ici aveuglant : nous sommes le reflet de nos sociétés modernes obsédées par le profit. « Voir vraiment l’état des choses est mortel », clame Tempest dans Hold your own en faisant référence au mythe de Tirésias, aveuglé par sa clairvoyance. Selon Gabriel Dufay, cette figure de Tirésias, qui change de sexe plusieurs fois selon les versions du mythe, représente d’ailleurs une sorte d’alter ego de la poétesse londonienne. D’après lui, Kate Tempest ne se revendique d’aucun genre, d’aucun âge : « C’est une prophète, un enfant, un vieux sage, simplement en empathie avec le genre humain ».

Touché par cette empathie, Gabriel Dufay a souhaité faire de la pièce Fracassés une œuvre scénique protéiforme. Afin de faire ressortir l’énergie combative du texte, plusieurs éléments sont utilisés : le Krump (danse très rapide et expressive, née dans les quartiers pauvres de Los Angeles), la course à pied filmée ou encore la musique électronique. De plus, le metteur en scène, également présent sur le plateau, s’est entouré de Claire Sermonne et Clément Bresson, deux interprètes choisi·es pour leur rapport incarné au jeu. Enfin, le choix des panneaux amovibles qui permettent à l’espace scénique de contenir d’autres espaces, peut être vu  métaphoriquement : nous abritons notre propre poésie libératrice.

 

Fracassés, du 4 au 11 janvier au Théâtre du Point du Jour, 7 rue des Aqueducs-Lyon 5 / 04.72.77.40.00 www.theatredescelestins.com Dans le cadre des Célestins hors les murs

 

© Laure Hirsig – Vladimir Vatsev

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